La terreur numérique selon l’ex-PS BESSON : de la SARKO-Chine pur jus !
Dans le cadre des Assises du Numérique qui se déroulent actuellement, Eric BESSON et son équipe se sont fait plaisir en rédigeant 27 propositions pour l’économie numérique de la France. Des projets plein les cartons donc, mais regardons d’un peu plus près la teneur de ses propositions.
Tout d’abord force est de constater que ces projets sont directement issus de plusieurs rapports commandés à des ministères par SARKOZY depuis son élection. Les propositions de BESSON sont totalement pompées sur les rapports OLIVENNES, BALLADUR ou encore ISAAC pour ne citer que ceux-là.
Ennemi du partage des Savoirs
Le projet de loi “Création et Internet” issue du rapport OLIVENNES et des Accords de l’Elysées (aussi surnommée “loi HADOPI” du nom de la haute autorité chargée de fliquer et sanctionner les internautes) est actuellement en cours d’étude auprès des différents Conseils de l’état; elle est en mauvaise voie pour le moment : après l’ARCEP et la CNIL, c’est au tour du Conseil d’Etat vient d’émettre des critiques négatives qui pourraient la remettre en question. Cela n’empêche pas BESSON de s’appuyer sur cette potentielle loi qui n’existe pas encore puisqu’elle pourrait même être anti-constitutionnelle selon le Conseil d’Etat.
Mais il ne s’en préoccupe pas et compte déjà bosser en faveur des majors, au service des ayants-droits pro-filtrage et consort. Ainsi, il veut créer un “pôle d’expertise sur les techniques d’empreintes et de tatouage numérique et plus généralement, sur les technologies de filtrage” qui sera épaulé par un “tiers de confiance dépositaire des empreintes numériques des oeuvres”, à quoi s’ajoute des mesures techniques de certification “sécurité dans la chaîne de production des contenus numériques. Pour être bien certain de verrouiller le web contre le partage des oeuvres entre internautes, BESSON fera signer aux hébergeurs une “charte de respect des contenus sous droit” [ 1 ].
Ennemi de la liberté d’expression
Au-delà de cette affront au partage des Savoirs, BESSON redéterre le projet de labellisation des site d’information en ligne. Celà fait suite aux propos de SARKOZY tenus ce 28 mai dernier, où SARKO dénonçait la “dangerosité” du web pour les mass-medias classiques (mass-medias qui sont d’ailleurs très aimés du président, et très auto-censurés voir purement censurés [ 3 ]).
Les “labels presse” sont dangeureux pour la liberté d’expression car ils instaurent une information à deux vitesses : il y aurait de “bons” sites d’information et de “mauvais” sites d’information, situation qu’on pourrait comparer à celles ayant cours dans les pays totalitaires avec leurs Ministères de l’Information [ 4 ].
BESSON se réfère, tout comme dans le discours de SARKO, au rapport TESSIER du 7 février 2007. Il ajoute que “des mesures d’accompagnement non financières” seront prises pour accompagner la presse en ligne. Si on en croit le rapport TESSIER, cela toucherait à la propriété intellectuelle ou encore la fiscalité. Mais ces mesures s’adresserait à qui ? Puisque BESSON est nommé à l’”économie numérique” ces mesures iront donc à ceux qui rapportent du pognon à la France, et surement pas aux journalistes citoyens.
Dans le même ordre d’idée, des “labels de qualité” verraient le jour et seraient attribués par un “Comité de déontologie” qui aurait pour mission de juger si tel site de services ou contenus est digne d’être désigné comme “respectueux de la protection de l’enfant”. [ 5 ] Derrière ce label enfance, n’oublions pas que ce sont des associations ultracatho telles que Famille de France qui sont à l’origine de ce genre de projet [ 6 ], ces mêmes assos qui par exemple veulent faire interdire SecondLife ou encore trouvent les jeux vidéos dangeureux [ 7 ].
Et puis comme c’est décidément la mode de la labellisation en ce moment, les sites traitant des sujets santé et médecine seront eux aussi tamponnés “sites fiables et de qualité” suivant l’humeur du gouvernement [ 8 ]. Même punition pour les “réseaux sociaux, sites participatifs, communautés” qui seront l’objet d’”opérations de labellisation” [ 9 ].
Ami du fliquage
Et puis, comme le gouvernement n’aime décidément pas que les citoyens vivent et s’expriment en liberté, BESSON veut faire signer aux FAI et aux hébergeurs une “charte des bonnes pratiques améliorant la coopération entre les opérateurs électronique et les autorités”, autrement dit : faudra que les FAI et les hébergeurs soient des collabos de l’Etat, et même qu’ils bloquent sur demande des sites qui seraient jugés pédopornographiques [ 10 ]. Le thème de la protection de l’enfance a décidément bon dos, et il est évident qu’il est utilisé à de manière abusive : empêcher de voir les sites à contenus pédopornographiques ne résoudra pas le problème de la pornographie infantile. Ce n’est pas en cachant les problèmes que ceux-ci sont résolus. Que ce gouvernement cesse de prendre pour argument la protection des enfants, sujet bien trop grave pour n’être qu’un cache-misère de la nullité des actions politiques en la matière ! C’est d’une vraie politique d’action internationale contre la pédophilie dont a besoin le monde, et non pas d’oeillères. Le PPF-CH dénonce cette mascarade du gouvernement qui ne prend la protection de l’enfance que comme prétexte à développer et mettre en place des outils de filtrage, des outils de censure.
A cette extension du fliquage du web s’ajoute l’habituation des citoyens à livrer leurs informations en ligne. En effet, plus les données personnelles des citoyens seront mis en ligne au fur et à mesure de leur, plus le profilage et l’instauration de délit de faciès seront aisés pour l’Etat (on a vu en avril dernier la volonté de Michèle ALLIOT MARIE de ficher les personnes SDF, âgées, homosexuelles, appartenant à un syndicat, et bien d’autres “critères” retenus dans le logiciel ARDOISE). Ainsi dès 2010 maximum, le cahier de notes scolaire en ligne sera obligatoire; le cahier de texte de l’élève sera lui aussi disponible sur le web. Les jeunes sont l’objet de toutes les convoitises pour le gouvernement : le fichier dit “base élèves“, les études ADN sur des étudiants de Champagne-Ardennes pour mesurer la corrélation entre profil social, et profil consommateur de stupéfiant, ou encore le projet d’”université numérique” d’ISAAC et PECRESSE ne peuvent que nous faire craindre la pire des société de surveillance, la technique employée par l’Etat étant le classique “habituer dès le plus jeune âge à être surveillé, fiché, ne pas broncher” [ 11 ].
En plus d’habituer les jeunes à filer leurs infos ou à les laisser être mis en ligne par des autorités, l’Etat veut aussi les habituer à être filmés [ 12 ]. En plus de l’omniprésence des caméras et webcam truffant déjà nos rues, lieux publics et privés; reprenant l’idée d’ISAAC, BESSON veut que les cours soient filmés, au prétexte de rendre service aux étudiants salariés ou handicapés ne pouvant se rendre en cours. Ces vidéos viendraient donc alimenter toute une banque de données numériques sur les jeunes de ce pays depuis leur premiers jours.
On se souvient de la récente affaire des bracelets antivol RFID pour nouveaux-nés ou encore du bracelet pour les personnes hospitalisées, affaires qui font scandale, et outrent même la CNIL :
<< Le progrès technique, le contexte sécuritaire et les impératifs de gestion incitent au développement de tels dispositifs, dans le but, louable, d’assurer la sécurité des personnes vulnérables. Si envisagés au cas par cas, ces dispositifs peuvent se justifier [...] on touche là pourtant à un changement dans les modes de vie qui nécessite un débat de société.
A défaut d’approche globale en effet, on risque de laisser se construire insidieusement, sans bruit et sans d’ailleurs que l’on puisse prêter aux intéressés de mauvaises intentions, une société de contrôle qui modifie les relations des individus entre eux et soulève des interrogations de fond au regard des principes de protection des données.
Une tendance se dessine, en effet, en faveur de la substitution de réponses techniques aux comportements humains de vigilance et le risque existe d’une déresponsabilisation des acteurs concernés (famille, personnels soignants, assistants sociaux…) [...] .
Il n’est pas inutile à cet égard de rappeler l’article 1er de la loi « Informatique et Libertés » qui prévoit que l’informatique doit être au service de chaque citoyen, elle ne doit pas porter atteinte à l'identité humaine ! >> (Tribune d’Anne DEBET, commissaire à la CNIL, le 20/05/2008).
Et bien tout cela n’inquiète vraiment pas Eric BESSON qui propose malgré ces propos de déterrer le projet controversé de “dossier médical partagé” en ligne ou encore “assurer le développement de la télésanté (télésurveillance, télédiagnostic, téléexpertise…)” [ 8 ]
Voilà donc comment le gouvernement considère ses citoyens : comme du bétail dans un pré appelé France. Sous la casquette de “chargé de l’économie numérique”, Eric BESSON est l’auxiliaire de progression de ce pays vers une société du tout-sécuritaire, de la surveillance généralisée et de la mise à mort des droits et libertés individuelles. Car ces mesures proposées touchent bien à notre quotidien entier et pas seulement au développement économique du pays.
[ 1 ] Chapitre 2.1. “Améliorer la diffusion des contenus cinématographiques, audiovisuels et musicaux”, page 10
[ 2 ] Chapitre 2.2. “Sécuriser la diffusion de l’écrit et le développement de la presse dans l’économie du numérique”, page 11
[ 3 ] Manifestation des journalistes le 4 octobre 2008 pour défendre l’indépendance de la presse en France
[ 4 ] Chine par exemple.
Voir aussi le “Ministère de la Vérité” dans “1984″ de George Orwell.
A lire sur ODEBI :
“Le gouvernement envisage de labelliser les sites d’information, et de financer les sites labellisés”
“Chronologie du triptyque /CND/Label Presse/”Happy slapping”/”
[ 5 ] Chapitre 2.3. “Assurer la protection de l’enfance”, page 12
[ 6 ] Famille de France voudrait un label pour les jeux vidéos
[ 7 ] Famille de France veut faire interdire SecondLife :
www.liberation.fr/actualite/ecrans/257559.FR.php
www.familles-de-france.org/customer/product.php?productid=534&cat=2&page=1
www.familles-de-france.org/customer/product.php?productid=549&cat=161&page=3
Famille de France n’aiment pas les jeux vidéos :
www.familles-de-france.org/customer/product.php?productid=672&cat=161&page=1
www.familles-de-france.org/customer/product.php?productid=595&cat=161&page=2
[ 8 ] Chapitre 3.4. “Déployer les TIC au service de la santé”, page 21
[ 9 ] Chapitre 5.3. “Faire du numérique l’outil pour bâtir la ville du XXIe siècle”, page 32
[ 10 ] Chapitre 2.4. “Lutter contre la cybercriminalité”, page 13
[ 11 ] Voir le “Livre bleu” du Gixel,dans lequel les lobbyistes prônent l’habituation dès le berceau, disponible sur le site des BigBrotherAwards France :
[ 12 ] Chapitre 3.3. “Bâtir l’université numérique”, page 20
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